Chapitre 1 : Un bref historique

Pour commencer

Beaucoup de gens pensent que le Bitcoin a été la première cryptomonnaie à être conçue. En vérité, le concept de cryptomonnaie existe depuis bien plus longtemps. Pourquoi ? À cause d’Internet. Nous achetons de plus en plus sur Internet. Pour ce faire, nous n’avons guère d’autre choix que d’utiliser une tierce partie de confiance, telle qu’une banque ou une société émettrice de cartes de crédit afin de réaliser la transaction. A l’époque, ce procédé a été considéré comme une violation de nos droits à réaliser des achats privés sans que personne d’autre ne le sache (c’est le mouvement cypherpunk qui en est à l’origine).

Une transaction éléctronique se déroule comme dans le cas des espèces, il vous suffit de remettre le montant en cryptomonnaie au vendeur afin de recevoir votre achat en retour. Personne d’autre que la personne qui vous vend l’article n’a besoin d’être au courant de la transaction. Ce type de transaction est connu sous le nom de transaction « peer-to-peer » ou de personne à personne.

Dans le cadre de la création d’une monnaie numérique en ligne capable de fonctionner de cette manière, la sécurité constituait l’un des plus grands problèmes. C’est lors de la création des premières monnaies numériques qu’il a été décidé que la cryptographie était la meilleure solution au problème. La cryptographie correspond à un type de code secret, un moyen de brouiller l’information pour qu’elle ne soit lisible par personne à moins d’être correctement déchiffrée.

La question suivante était de savoir comment décentraliser le système de paiement et supprimer le besoin d’organisations tierces de confiance. Cela a été rendu possible en mettant en place une base de données fonctionnant de manière simultanée sur tous les ordinateurs qui lui sont connectés et qui forment un vaste réseau d’ordinateurs autonomes appelés « nœuds » (on parle de « nodes » en anglais). Les nœuds sont gérés non pas par des institutions financières, mais par des particuliers dans le monde entier. Tout le monde peut accéder à la base de données. Les nœuds authentifient et approuvent toutes les transactions effectuées sur la base de données. Nous étudierons cet aspect plus en détail ultérieurement (cf. chapitre 4). Si toutes les cryptomonnaies ne fonctionnent pas de cette manière, c’est néanmoins le cas pour la majorité d’entre elles.

2008 – 2009

Le livre blanc de Satoshi Nakamoto intitulé « A Peer to Peer Electronic Cash System » (en français « Bitcoin : un système de paiement électronique peer-to-peer ») a été publié le 31 octobre 2008. Le nom de domaine bitcoin.com, quant à lui, avait été acheté plus tôt : le 18 août 2008.

Le concept de Bitcoin fait suite à la crise financière de 2007/2008 qui avait amené une peur et une certaine défiance envers le système financier mondial de la part de la population. 10 ans après, la crise est derrière est nous mais cette défiance est toujours présente et est representé par le Bitcoin ainsi que les autres cryptomonnaies.

Malgré l’existence de nombreuses théories, la véritable identité de Satoshi reste encore un mystère à ce jour. Seule une personne, un informaticien australien du nom de Craig Steven Wright, prétend être Satoshi. Cependant, ses revendications sont loin de faire l’unanimité à ce sujet et différentes théories ont vu le jour autour de la véritable identité de Satoshi. L’une d’elles affirme qu’il s’agirait en réalité du scientifique Nick Szabo, l’inventeur du Bit Gold – l’intéressé réfute néanmoins cette théorie. D’autres personnes sont convaincues que derrière le nom de Satoshi se cache en réalité un groupe ou une organisation de collaborateurs qui se seraient réunis afin de rédiger le livre blanc sur le Bitcoin.

Le logiciel conçu pour le Bitcoin a été mis sur le marché le 3 janvier 2009. La première transaction enregistrée en Bitcoin a eu lieu le 12 janvier 2009, lorsqu’un développeur de jeux vidéo originaire des États-Unis du nom de Hal Finney est tombé sur le site web du Bitcoin. Il a aimé ce qu’il a lu et a décidé de télécharger le logiciel. En guise de récompense, il a reçu 10 Bitcoins. À ce moment-là, il était possible de télécharger le logiciel et d’être récompensé en recevant gratuitement des Bitcoins. Malgré cela, l’idée connut à ses débuts un échec retentissant, notamment parce que personne ne voyait une quelconque valeur en cette pièce alors dénuée de valeur monétaire.

Quatre mois plus tard, en mai 2009, un jeune étudiant universitaire du nom de Martti Malmi (alias Sirius) de Finlande tomba également sur le site web Bitcoin.org. Les idées derrière le Bitcoin ont suscité l’intérêt de Martii et il a contacté Satoshi par e-mail pour lui demander s’il pouvait l’aider de quelque manière. Martii s’est ensuite mis à travailler sur le Bitcoin avec Satoshi et il a complètement re-développé le site web du Bitcoin. Lui et Satoshi ont été les premiers à utiliser le terme « cryptomonnaie » mentionné par un des membres du forum Bitcoin.

2010 – 2012

Le 22 mai 2010, Laszlo Hanyecz a rapporté qu’il avait acheté deux pizzas à un prix de 10 000 Bitcoins. Cela nous semble fou aujourd’hui, car ces Bitcoins vaudraient des dizaines de millions de dollars. Seulement, à l’époque, ils n’avaient aucune valeur donnée réelle.

Le 6 août 2010, une faille majeure a été découverte au sein du processus de vérification du Bitcoin, la seule faille jamais découverte à ce jour. Il s’est avéré que les transactions n’avaient pas été correctement vérifiées avant leur ajout au journal des transactions. Le problème a été rapidement résolu et les transactions ont été supprimées des journaux.

En mai 2011, une plateforme de paiement en ligne du nom de Bitpay, utilisant le Bitcoin d’une manière semblable à ce que fait PayPal avec d’autres devises, a été introduite. Bitpay est acceptée par un nombre croissant de détaillants dans le monde entier. À mesure que la popularité du Bitcoin augmentait, plusieurs autres cryptomonnaies ont commencé à faire leur apparition.

La première d’entre elles était le Litecoin, mis en circulation le 13 octobre 2011. Le Litecoin bénéficiait de temps de transaction plus rapides, de meilleurs protocoles de chiffrement ainsi que d’un plus grand nombre de pièces (4 fois plus). Aujourd’hui, les « Altcoins » comme on les appelle (alternatives au Bitcoin) dépassent le millier et leur nombre semble parti pour continuer à augmenter, du moins à court terme. De nouvelles pièces, ou tokens comme on appelle certaines d’entre elles, sont introduites presque tous les jours.

Le prix d’un Bitcoin au début de l’année 2011 était de 0,35 dollars.

2013

Cette année là, le cours du Bitcoin a dépassé les 1 000 $. Cependant, un événement inattendu allait venir secouer le secteur des cryptomonnaies. La Chine a déclaré à ses banques et institutions financières qu’elles ne pouvaient plus accepter le Bitcoin légalement. La peur que cette démarche se répète dans d’autres pays s’est rapidement propagée, entraînant un crash du cours du Bitcoin.

Malgré cela, le Bitcoin n’a pas tardé à retrouver sa valeur. C’est également cette année-là que le site web de Bitcoin a fait l’objet d’une révision majeure et qu’il a été traduit en plusieurs langues. Cela l’a rendu plus accessible aux gens du monde entier. Les premiers distributeurs automatiques de Bitcoins ont été introduits au Canada. Les distributeurs automatiques de cryptomonnaie sont maintenant disponibles dans le monde entier : ils permettent à la fois d’acheter et d’échanger de la cryptomonnaie contre de la monnaie fiduciaire.

2014

Pour acheter et vendre des Bitcoins ou d’autres cryptomonnaies, les gens ont tendance à avoir recours aux « exchanges ». Il s’agit d’entreprises qui facilitent ce type de transactions. Elles facturent des frais pour ces services qui peuvent varier considérablement. Vous pouvez comparer ces exchanges à votre courtier en bourse.

Certains exchanges permettent d’acheter de la cryptomonnaie avec de la monnaie courante, appelée monnaie fiduciaire (dollars, livres, euros, etc.), tandis que d’autres permettent seulement d’utiliser une cryptomonnaie afin d’en acheter une autre.

La majorité des exchanges ne permettent pas d’acheter et de vendre toutes les cryptomonnaies, il est donc important de vérifier qu’un exchange donné offre la devise que vous souhaitez acheter avant de vous inscrire sur cet exchange. Tout comme avec la monnaie fiduciaire, les exchanges ont recours à des abréviations : les dollars américains sont appelés USD, les dollars canadiens sont appelés CAD, les livres britanniques sont appelées GBP, les euros sont appelés EUR, etc. Le Bitcoin est appelé BTC, l’Ethereum est appelé ETH, le Litecoin est appelé LTC, le Ripple est appelé XRP et ainsi de suite.

Il est bon de se rappeler, qu’à l‘époque, la majorité des exchanges ne sont pas réglementés : certains d’entre eux frôlent l’escroquerie, tandis que d’autres font l’objet d’une mauvaise gestion. En janvier 2014, la disparition du jour au lendemain de MT Gox, l’un des plus importants exchanges au monde pour le Bitcoin, fut un véritable choc pour le secteur. Personne n’a jamais découvert ce qui s’était exactement passé, mais un montant de Bitcoins équivalent à 450 millions de dollars a disparu à l’époque.

2016

À ce jour, seule une autre cryptomonnaie a connu un succès semblable à celui du Bitcoin : il s’agit de l’Ethereum (nous en parlerons plus en détail un peu plus loin). L’Ethereum continue de voir sa force et le soutien de ses adeptes grandir, tandis que les autres cryptomonnaies connaissent des fluctuations bien plus importantes. Les ICO (Initial Coin Offerings) sont également entrés en scène en 2016.

Les ICO sont un moyen de financer les nouvelles start-ups en démarrage dans le domaine des cryptomonnaies. Ils ne sont pas réglementés et sont utilisés pour contourner le processus réglementé de levée de capitaux requis par les investisseurs en capital-risque ainsi que les banques légitimes. Les ICO lancent des campagnes en ligne visant à encourager les personnes intéressées par leur idée à effectuer un investissement. Les personnes qui soutiennent la campagne obtiennent un pourcentage de la nouvelle monnaie, en échange de monnaie fiduciaire ou d’autres cryptomonnaies bien établies, tels que le Bitcoin.

Contrairement à une IPO classique en bourse, les sociétés qui emettent des ICO n’ont pas d’engagement réelle envers ceux qui y souscrivent.

2017

Les cryptomonnaies ont connu une croissance énorme en 2017. Le Bitcoin et l’Ethereum ont en particulier bénéficié de gains énormes en ce qui concerne la valeur unitaire de leurs pièces. Le Bitcoin est passé d’un prix unitaire de moins de 1 000 $ au début de l’année à plus de 19 500 $ à la fin de l’année. Il s’agit d’une augmentation de plus de 1 800 %. Ethereum a connu un succès similaire : sa pièce de monnaie a commencé l’année à seulement 8,24 $ pour s’échanger à plus de 1 300 $ début 2018. Le 1er avril 2017, le Bitcoin a été déclarée monnaie légale au Japon, ce qui a provoqué une forte augmentation du nombre d’investisseurs.

Le 04 septembre, la Chine interdit les ICO. Le 01 décembre, la Commodities Futures Trading Commission approuve les « contrats à terme sur le Bitcoin ». Ces produits permettent aux investisseurs de faire des paris sur le prix du Bitcoin dans le futur. Le Bitcoin devient presque un produit fnancier comme les autres.

2018

Bonnes comme mauvaises, les journaux publient de nouvelles actualités au sujet des cryptomonnaies presque tous les jours. Il est très difficile de prédire quel sera exactement leur avenir, mais avec le montant des investissements dont elles bénéficient, je doute qu’elles disparaissent de sitôt. Leurs plus fidèles partisans prédisent qu’un jour, une cryptomonnaie pourrait même devenir la monnaie unique mondiale.